Dans la partie 3, on a installé et configuré tout le réseau UniFi : l’UCG Fiber en routeur principal, les VLANs pour segmenter, le Wi-Fi 7 avec les U7 Lite. La fibre tourne, le réseau est propre. Mais il y a un point que je n’ai pas encore traité : que se passe-t-il le jour où la fibre tombe ?
C’est exactement le sujet de cette partie 4, et ça tombe bien parce que j’ai une petite nouveauté à vous présenter.
Transparence avant tout : cet article est le fruit de mon premier partenariat, avec Teltonika Networks. Concrètement, j’ai reçu le routeur présenté ici gratuitement. Je ne suis pas rémunéré par la marque et je n’ai aucune obligation de résultat. Je reste donc totalement libre de mon discours : je vais vous parler aussi bien des bons côtés que des points qui, selon moi, méritent d’être améliorés. C’est mon premier partenariat (j’espère pas le dernier) et j’en suis franchement fier, mais ça ne change rien à la règle que je me suis fixée : je dis ce que je pense.
Pourquoi un backup Internet ?#
Aujourd’hui, tout passe par la fibre : le télétravail, la domotique, le homelab et ses services exposés (même s’il y en a peu pour l’instant), sans parler du quotidien de la maison. Une coupure de quelques heures, ça arrive, et quand ça arrive en pleine journée de travail, c’est tout de suite pénible. D’ailleurs, depuis la mise en place de l’UCG Fiber, j’ai accès plus facilement à des statistiques sur le taux de disponibilité de ma fibre Free : je n’ai pas eu de coupure, hormis les coupures électriques - dont je compte bien m’occuper aussi par la suite.
L’idée d’un backup (ou failover), c’est d’avoir une seconde connexion Internet, indépendante de la fibre, qui prend le relais automatiquement si la principale tombe. Et pour avoir un lien vraiment indépendant de la fibre, la 5G est le candidat idéal : elle ne passe pas par le même câble, ni par le même fournisseur, ni par la même infrastructure jusqu’au domicile.
L’UCG Fiber gère nativement le failover WAN. Il me manquait juste le matériel pour fournir ce second lien : un routeur 5G. C’est là que le Teltonika Altos entre en scène.
Le Teltonika Altos#
Teltonika Networks, c’est un constructeur lituanien très connu dans le monde de l’IoT industriel et des réseaux pros : leurs routeurs cellulaires équipent des usines, des bornes, des sites isolés, bref du matériel qui doit tourner sans broncher. L’Altos (référence CAP700) est leur routeur 5G Wi-Fi 7 pensé pour le Fixed Wireless Access (FWA), autrement dit pour amener Internet à la maison ou dans un petit bureau via le réseau mobile.
Ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas tellement le Wi-Fi (j’ai déjà mon réseau UniFi pour ça), mais bien la partie 5G : sa capacité à fournir un lien Internet rapide et fiable que je vais brancher en secours sur l’UCG Fiber.
La fiche technique#
| Modèle | Teltonika Altos (CAP700) |
| Module mobile | 5G NR jusqu’à 4.0 Gbps DL / 900 Mbps UL - 4G LTE Cat 19 (1.6 Gbps DL / 200 Mbps UL) - 3G |
| Release 3GPP | Release 17 |
| SIM | 1x emplacement Nano SIM (4FF) |
| Wi-Fi | Wi-Fi 7 (802.11be), dual band, 2x2 MIMO, jusqu’à 128 clients |
| Ethernet | 1x port 2.5 GbE (WAN/LAN) + 1x port 1 GbE (LAN) |
| CPU / RAM / Stockage | Qualcomm / 1 Go LPDDR4 / 8 Go eMMC |
| Antennes | 6x antennes mobiles internes + 2x antennes Wi-Fi internes |
| Alimentation | 12 VDC (barrel jack) - Idle < 8 W, Max < 24 W |
| OS | RutOS (Linux basé sur OpenWrt) + gestion RMS |
| Dimensions / Poids | Ø 100 mm x 185 mm / 720 g |
| Température | 0 °C à 45 °C - IP30 (usage intérieur) |
Sur le papier, c’est du costaud. On est très loin d’un routeur 4G grand public : RutOS embarque tout l’arsenal réseau d’un équipement pro (VLANs, firewall complet, une grosse douzaine de protocoles VPN dont WireGuard et Tailscale, du monitoring détaillé du signal mobile…). C’est presque trop pour mon usage, puisque je vais juste m’en servir comme modem 5G derrière l’UCG Fiber, mais on va voir que ces diagnostics détaillés sont plutôt une bonne nouvelle. Le point le plus important pour notre usage est donc sa capacité 5G qui est compatible NSA (Non-Standalone) et SA (Standalone). Si ces infos ne vous parlent pas, sachez juste que c’est compatible avec des évolutions futures de 5G qui ne sont même pas encore déployées par les opérateurs donc on sera bon pour de nombreuses années avec ça. Je ferai des articles dédiés sur la 5G parce que c’est un sujet qui me passionne (et dans lequel j’ai spécifiquement travaillé quelques années).
Le déballage#




À l’ouverture, on retrouve le côté soigné qu’on attend d’un constructeur sérieux. Dans la boîte :
- Le routeur Altos lui-même, format colonne, tout en hauteur (Ø 100 mm x 185 mm)
- L’alimentation 12 VDC
- Un câble Ethernet
- Le guide de démarrage
Premier constat physique : le form factor vertical cylindrique est plutôt malin pour un équipement qui va vivre dans un salon ou un bureau. C’est sobre, ça ne crie pas “matériel réseau industriel”, et les antennes sont toutes internes (6 pour le mobile, 2 pour le Wi-Fi), donc pas de forêt d’antennes externes à orienter, il y a cependant la possibilité de connecter des antennes externes (non fournies). Pour un placement à la maison, c’est appréciable.


L’aparté SIM : merci Bouygues#
Pour qu’un routeur 5G serve à quelque chose, il lui faut une carte SIM avec un forfait data. Et là, j’ai eu de la chance avec mon opérateur.
Je suis chez Bouygues Telecom pour mon forfait mobile, avec une enveloppe de 100 Go par mois que je suis très loin de consommer. L’option qui m’intéresse : pour 4 € de plus par mois, je peux obtenir une seconde carte SIM qui partage la même enveloppe de données que ma ligne principale.
C’est exactement ce qu’il me faut pour ce projet :
- Pas de second abonnement à souscrire, donc pas de coût fixe important
- 100 Go partagés, largement suffisant pour un usage de secours (le lien ne sert que quand la fibre tombe)
- Une carte SIM physique classique, parfaitement compatible avec l’emplacement Nano SIM de l’Altos
4 € par mois pour une connexion de backup, difficile de faire mieux. Bien sûr, 100 Go ne suffiraient pas si la 5G devenait ma connexion principale pendant une longue panne, mais pour dépanner quelques heures, voire une journée, c’est parfait, en tout cas ça fera l’affaire pendant un moment, je pense.
J’insère donc la Nano SIM dans l’emplacement prévu à l’arrière du routeur, et on passe à la mise sous tension.

Première mise en route#
Comme pour l’UCG Fiber dans la partie précédente, je commence par configurer l’Altos sur le bureau, avant de l’intégrer pour de vrai dans le réseau. Ça évite de tout chambouler d’un coup.
Une fois alimenté et la SIM insérée, le routeur démarre et les LEDs de statut s’allument (alimentation, Wi-Fi, type de connexion mobile, état LAN). Reste à atteindre son interface d’administration.
Pour ça, deux possibilités : se connecter au Wi-Fi du routeur, ou le brancher directement en Ethernet. Dans les deux cas, les informations nécessaires - le SSID et le mot de passe Wi-Fi par défaut - sont imprimées sous le routeur (sur l’étiquette que vous avez vue plus haut). Une fois sur le même réseau LAN que l’Altos, on ouvre https://192.168.1.1 dans un navigateur pour tomber sur la page de connexion de RutOS, l’interface web de Teltonika. On s’identifie avec le compte admin et le mot de passe par défaut, lui aussi indiqué sous le routeur.
De mon côté, je l’ai fait depuis le téléphone en Wi-Fi, sans aucun souci.

Là, changement d’ambiance total par rapport à l’expérience UniFi. UniFi mise sur une interface ultra léchée et grand public ; RutOS, lui, assume son côté pro/industriel : c’est dense, il y a énormément d’options, et on sent que l’outil a été pensé pour des intégrateurs réseau plus que pour le grand public. Ce n’est pas un défaut en soi, mais il faut le savoir : on n’est pas sur le même terrain.
Lors de la première connexion, on est guidé par un assistant : mise à jour du firmware, puis réglage du fuseau horaire, du réseau LAN, du Wi-Fi et changement du mot de passe administrateur. Pour notre usage, on n’aura pas besoin du Wi-Fi, mais je le laisse activé le temps de finaliser la configuration. Le seul réglage qui compte vraiment à ce stade : je change le réseau local pour qu’il n’entre pas en conflit avec celui de la Freebox. Et c’est tout.


La connexion 5G#
Le moment de vérité : est-ce que la SIM Bouygues accroche bien la 5G ?
RutOS détecte automatiquement l’opérateur et configure l’APN (Auto APN), donc je n’ai pas grand-chose à faire de ce côté-là. Quelques secondes après, la connexion mobile s’établit et le routeur indique le type de réseau accroché.
C’est ici que la richesse de RutOS prend tout son sens : l’interface affiche un niveau de détail impressionnant sur le signal mobile. RSRP, RSRQ, SINR, RSSI, bande connectée, cell ID… On a tous les indicateurs pour juger de la qualité de la réception et, éventuellement, repositionner le routeur pour capter au mieux. Pour un lien de secours, c’est exactement ce qu’on veut : savoir si on peut compter dessus le jour J.


Un petit speedtest pour valider :

Le débit obtenu (369 Mbps en download et 25 Mbps en upload) est largement suffisant pour assurer la continuité de service de la maison en cas de coupure fibre. On n’est évidemment pas sur les ~5 Gbps de la fibre, mais pour un backup, l’objectif n’est pas la performance brute : c’est de ne pas être totalement coupé du monde.
L’intégration en backup sur l’UCG Fiber#
C’est là que les deux mondes se rejoignent. L’idée est simple : l’Altos fournit un accès Internet via la 5G, et je le présente à l’UCG Fiber comme un second WAN. L’UCG Fiber bascule alors automatiquement dessus si le WAN fibre principal tombe.
Pour l’instant, je n’ai pas voulu trop me compliquer la vie : j’ai laissé l’Altos avec son réseau LAN privé, donc il fait son propre routage et son propre NAT. On se retrouve techniquement avec un double NAT (l’Altos NAT, puis l’UCG Fiber NAT par-dessus), ce qui n’est pas idéal sur le papier mais reste sans conséquence pour un usage de secours.
Plus tard, je regarderai s’il est possible de passer l’Altos en mode bridge / passthrough pour qu’il transmette directement la connexion mobile à l’UCG Fiber et qu’on minimise les NAT. Mais ce sera pour une optimisation ultérieure, une fois que le reste sera bien en place.
Côté câblage :
- Le port 2.5 GbE de l’Altos est relié au port WAN1 de l’UCG Fiber, qui lui servira de WAN secondaire (le WAN2 portant déjà la fibre d’interconnexion venant de la Freebox)
- L’UCG Fiber est configuré pour utiliser ce lien en failover : tant que la fibre fonctionne, tout passe par elle ; dès qu’elle tombe, le trafic bascule sur la 5G

Le test de bascule#
Reste à vérifier que tout ça marche pour de vrai. La méthode la plus simple : je débranche le lien fibre (le câble DAC entre la Freebox et l’UCG Fiber) et j’observe.
Après quelques secondes, l’UCG Fiber détecte la perte du WAN principal et bascule sur le lien 5G. La maison reste connectée. Je rebranche la fibre, et le trafic repasse automatiquement sur la connexion principale.
Premier bilan#
Mettre en place un backup 5G avec l’Altos, c’est un vrai plus pour la résilience du réseau, et ça comble le dernier gros manque de mon infrastructure réseau après l’installation UniFi.
Ce que j’ai aimé :
- Du matériel sérieux : on sent l’héritage industriel de Teltonika, c’est solide et complet
- RutOS et ses diagnostics : le niveau de détail sur le signal mobile est excellent, parfait pour valider la fiabilité d’un lien de secours
- Le format : sobre, vertical, antennes internes, ça s’intègre bien à la maison
- La polyvalence : Wi-Fi 7, port 2.5 GbE, une montagne de fonctions réseau… c’est presque surdimensionné pour mon usage de simple modem 5G
Les points qui, selon moi, méritent d’être soulignés :
- L’interface RutOS est dense et clairement pensée pour des pros. Quelqu’un qui débute en réseau peut être un peu perdu, surtout en venant de l’expérience très grand public d’UniFi.
- Pas d’eSIM : uniquement de la Nano SIM physique. Pas bloquant pour moi, mais à noter.
- L’administration centralisée est payante : au quotidien tout se pilote en local sur le routeur via sa WebUI, ce qui suffit largement pour un seul équipement. Mais pour gérer une flotte de manière centralisée, Teltonika propose sa plateforme RMS, soumise à un modèle de licence payant. Bonne nouvelle cependant : tout achat d’un équipement Teltonika inclut 30 jours de licence RMS offerts, de quoi prendre en main la plateforme avant de décider si elle vaut le coût pour votre usage. Rien de choquant pour du matériel pro, et ça reste très abordable comparé à d’autres constructeurs du même monde (coucou Fortinet et Cisco), mais c’est bon à savoir.
Pour mon besoin précis (un lien 5G de secours, fiable, piloté par l’UCG Fiber) l’Altos fait le job avec une marge confortable. C’est même un peu de l’artillerie lourde pour un usage de backup, mais j’aime bien l’idée d’avoir du matériel robuste sur cette fonction critique.
La suite#
Avec ce backup 5G en place, la partie réseau de mon homelab est désormais bien complète sur le plan fonctionnel : fibre rapide, segmentation par VLANs, Wi-Fi 7 et maintenant redondance Internet.
Mais soyons honnêtes, il reste encore du travail côté réseau :
- Le rangement de la baie : pour l’instant tout est posé en temporaire, en vrac, il va falloir mettre tout ça au propre.
- L’ajout de switches UniFi pour remplacer les vieux Netgear non manageables et étendre le réseau correctement.
Et au-delà du réseau, je prévois aussi un article dédié à l’électricité, avec notamment l’ajout d’un onduleur pour protéger tout ça des coupures de courant (parce que la 5G en backup, c’est bien, mais si tout le matériel s’éteint à la moindre micro-coupure, on n’a pas gagné grand-chose).
On pourra ensuite enchaîner sur les prochaines parties, qui seront consacrées au homelab à proprement parler :
- Réinstallation propre du cluster Proxmox
- Organisation des VMs et containers
- Migration du nœud OPNsense (qui devient redondant avec l’UCG Fiber)
- Connexion du homelab au nouveau réseau via le VLAN Lab
Et un grand merci à Teltonika Networks pour ce premier partenariat et la confiance accordée à ce petit blog.
À bientôt !




